Epiphanie

Publié le par Abbé Simon d'Artigue

Il y avait un homme de grand âge, sage et pieux, un homme au regard de pluie. Toute sa vie il avait scruté le ciel, pour y découvrir les merveilles du créateur. Il venait de loin, là bas à l’orient, et il était chargé d’ans. Chez lui tous reconnaissait sa science et sa sagesse, on venait le consulter, lui demander conseil, sa réputation était grande il avait tout ce dont un homme de son âge puisse rêver et pourtant dans ses yeux couleurs de pluie on pouvait lire un manque profond. Il avait eu beau scruter les cieux et la nature toute sa vie, il n’avait pas trouvé ce qui ferait luire ses yeux. Une nuit qu’il contemplait le ciel il vit briller une étoile Et le lendemain matin sans que personne ne sache pourquoi Melchior chargea sa monture de la myrrhe la plus précieuse, il leva ses yeux de pluie vers le ciel, ils brillaient plein d’espérance…puis il partit vers l’ouest.

Il était un homme fort et puissant, un homme au regard de jais, il régnait sur son royaume et tous le respectaient car il était juste. Depuis le début de son règne ses sujets vivaient en paix dans un royaume prospère. Il avait tout ce dont un homme peut rêver, la puissance, la gloire, le pouvoir, la richesse, un avenir assuré mais depuis quelque temps ses proches sentaient bien qu’il était soucieux, il lui manquait quelque chose, quelque chose que tout l’or du monde ne pouvait lui offrir. Un matin à l’aube, après avoir passé la nuit à contempler l’étoile, sans rien dire à personne Gaspard chargea sa monture d’une cassette remplie d’or, il leva les yeux vers l’ouest, ses yeux de jais qui brillaient d’un éclat neuf …et confiant il partit vers le soleil couchant.

Il était un homme jeune et fougueux, un homme au regard de braise. Tout ce qu’il entreprenait réussissait. Il savait que le monde était à lui, et que sous chacun de ses pas la terre tremblait. Il faisait l’admiration de tous ceux de sa génération, il était la gloire de son armée et le cœur des filles de son pays battait plus fort à la seule évocation de son nom. Mais ça ne lui suffisait pas, il sentait au fond de son âme un vide que rien ne pouvait combler, ni les victoires, ni les filles, ni la gloire. Alors un matin Balthazar chargea sa monture avec un coffret d’encens, il éperonna et partit au grand galop vers l’occident.

Tous les trois étaient partis sans savoir pourquoi, mais ils sentaient bien que ce n’était pas un coup de tête, peut être un coup de cœur.

Depuis qu’il était parti le sage aux yeux de pluie gardait les yeux fixés sur l’étoile et il souriait. Le roi aux yeux de jais lui aussi s’était mis à espérer. Le prince aux yeux de braise se prenait à croire.

Leurs routes s’étaient rejoint, ils avançaient d’un même pas, la chaleur du jour, l’inconfort de l’étape, la longueur du chemin plus rien ne leur pesait, l’étoile brillait dans leurs yeux et ça leur suffisait. Il savait maintenant qu’au bout de la route ils trouveraient ce qui leur manquait.

Et un soir les voila qui arrivent à Bethléem, devant la crèche, devant l’enfant alors sans hésiter, lui le sage aux yeux de pluie, lui le roi aux yeux de jais, lui le prince aux yeux de braise, comme un seul homme ils tombent à genoux et ils adorent l’enfant.

Ils ont tout quitté, la science, le pouvoir, la richesse, la gloire, ils ont tout laissé et là devant l’enfant ils ont tout trouvé.

Et bien Gaspard, Melchior, Balthazar c’est nous!

Nous sommes tous trop souvent encombrés par milles richesses qui nous éblouisse en même temps qu’elles nous tiennent esclaves donnez leur le nom que vous voudrez : la télévision, la carrière, le renom, le foot, la réputation, la drogue, le jeu, j’interromps là mais elle est longue la liste de ces tyrans que nous avons choisit et qui nous tiennent à genoux et bien ce matin, comme les mages, agenouillons nous devant l’enfant, agenouille toi devant celui qui t’a libéré, agenouillez vous  et offrez lui ce que vous avez, vous n’avez pas d’or, pas de myrrhe pas d’encens, offrez ce que vous avez, offrez lui votre cœur, et puis restez à genoux pour qu’en retour l’enfant Dieu vous le  remplisse.

Agenouillez vous  parce que vous êtes libres, agenouillez vous  devant l’enfant et souvenez vous  toujours de cet agenouillement devant la crèche, gravez le dans votre âme, il vous  gardera de ne jamais plus vous agenouiller devant nos idoles modernes, de courber l’échine pour une promotion, de t’aplatir devant l’argent roi, de ramper devant des étoiles éphémères, de faire des courbettes devant les puissants, oubliez ces prostrations serviles, abandonnez les et regardez comme il est beau l’agenouillement humble et ferme du chrétien devant son Dieu.

A genoux devant Dieu oui, mais debout devant les hommes, parce que c’est bien de cela dont il s’agit maintenant, de nous tenir debout pour servir et pour aimer.

Après avoir prié, après nous être nourris de son eucharistie, après avoir rendu grâce, après avoir adoré, maintenant relevons nous, nous sommes riches, non pas de cette richesse éphémère qui disparaît comme la rosée, nous sommes riche de ce trésor qui ne s’épuise pas, de ce trésor qui grandit quand on le donne, nous sommes riches de la foi, de l’espérance et de la charité du Christ, nous sommes riches du mystère de l’enfant-Dieu.

Regardez bien la crèche, regardez cet enfant…qui a dit que l’année terminait fin décembre, à la crèche ? Non ! pour nous, c’est ici que tout commence.

Publicité

Publié dans Homélies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article